[La Sous-Préfecture
de Castellane] Histoire
de la Sous-Préfecture de Castellane
La présente étude a pour
objectif de rassembler quelques données historiques succinctes sur la sous-préfecture
de Castellane et son arrondissement. Les origines de l'arrondissement
: permanence dun chef-lieu Le chanoine MARTIN
écrit : " A la fin du XVIIIème siècle, Castellane comptait
2050 habitants [NDLR : 1519 en 1999]. Sa contribution foncière en 1798
était supérieure à celle de Digne (22 015 contre 16 992).
Elle possédait alors 8 avocats, 5 procureurs, 2 médecins, 4 chirurgiens,
12 fabriques. Par la mauvaise route conduisant vers la basse Provence,
la circulation était intense durant les quelques mois d'été.
Les draps, les laines, les peaux, les chapeaux, le miel, la cire, transportés
à dos de mulet, étaient échangés contre les vins,
les céréales, les épices venant de la partie méridionale
de la Provence. A cette époque, Castellane s'enrichissait
par la fabrication des faïences, des tuiles, l'industrie des cuirs, de la
chapellerie (6 fabriques), l'apiculture (2 fabriques de cire) et même la
sériciculture. Par contre, les moyens de communication laissaient
alors fort à désirer. Castellane n'était desservie que par
la vieille voie romaine, la voie Salinaria, qui la reliait par le col des Lèques
à Barrème. De mauvais chemins menaient à Grasse, à
Comps, à Draguignan. Ce n'est qu'en 1864 qu'on a ouvert la route qui conduit
à Moustiers Sainte-Marie, route qui a remplacé la voie prétorienne
qui, à travers les montagnes, reliait Castellane à Riez.
Sur ce sujet des voies de communication, il faut rappeler que la route de Nice
à Digne ne fut mise en chantier qu'en 1839. A ce moment, Blanqui justifiait
l'utilité des travaux en disant que "les communes de l'arrondissement
de Castellane étaient plus éloignées de l'influence française
que les îles Marquises". Venons-en à l'histoire
administrative de Castellane. Au concile de Nicée, l'Église avait
décidé de calquer son organisation sur les cadres de l'administration
civile. A partir de 325, les provinces romaines devinrent donc archevêchés,
et les circonscriptions évêchés. La cité de Castellane
(Civitas Salinensium) fut ainsi érigée un temps en diocèse,
rattaché directement à l'archevêché d'Embrun. A partir
de l'an 890, les documents établissent toutefois le rattachement de Castellane
à l'évêché de Senez, qui demeura jusqu'à la
Révolution. Sur le plan politique, la bravoure du baron
Boniface, qui délivra Castellane de la menace des Sarrazins vers 852, permit
d'unifier pour longtemps les populations des alentours. Castellane formait
ainsi, dans le haut Moyen-Age une baronnie indépendante, qui regroupait
46 villages, de Cotignac à Thorame et de Soleilhas à Esparron près
de Gréoux. Pour administrer ce vaste territoire, le baron était
assisté de sept officiers et d'un conseil de syndics. Après
la réunion de la baronnie au comté de Provence, en 1260, Castellane
devint un chef-lieu de viguerie, administré par un bailli. Ce privilège
lui fut donné par le roi Charles 1er en 1262. Le roi Robert donna
à cette viguerie plus d'extension en 1342, avec les cantons de Comps, Barrême
et Colmars. Elle comprenait encore 33 communautés à la Révolution.
En matière de justice, Charles 1er avait confirmé et
augmenté la cour royale siégeant à Castellane, héritée
de la baronnie. La sénéchaussée de Castellane succéda
à la cour royale: elle fut établie en 1639 par le roi Louis XIII.
Sous l'Ancien Régime, l'administration municipale était
confiée à trois consuls, dont le premier était maire et chef
de toute la viguerie. Ce système remontait à Charles VIII, qui l'avait
institué en 1486 à l'occasion de l'annexion de la Provence à
la France (9 avril 1487). Aux côtés des consuls officiaient trois
intendants de police, un procureur du roi, trois auditeurs de compte, un trésorier
et un greffier. Tous ces administrateurs étaient renouvelés chaque
année le 8 décembre et prenaient leurs fonctions le 1er janvier,
suivant les mêmes formalités et usages établis à Aix
pour l'élection des procureurs du pays. Sur décret
de l'Assemblée nationale du 12 novembre 1789, de nouvelles municipalités
furent élues. Le 15 février 1790, Balthazar Lieutaud, avocat au
parlement d'Aix, fut élu maire de Castellane, avec à ses côtés
cinq conseillers. Un des premiers actes de cette municipalité fut la protestation
qu'elle éleva contre la nouvelle division administrative et judiciaire
que venait de décréter l'Assemblée nationale : " Nous
regrettons, dit le maire, que les lieux du Bourguet, de Châteauvieux et
de La Martre, qui ont toujours été unis à notre Viguerie,
en aient été séparés et joints au district de Draguignan,
que les lieux de Collongue, des Mujouls et de Sallagrifon, qui faisaient partie
de notre sénéchaussée, aient été unis au district
de Grasse". Rappelons que, dès le 15 janvier 1790,
l'Assemblée nationale avait divisé la France en 83 départements,
eux-mêmes divisés en districts. Malgré la réduction
de sa zone d'influence administrative, Castellane fut tout de même érigée
en chef-lieu de district. Cela ne consola pas, cependant, les membres du conseil
général de la commune, qui, le 21 novembre 1790, regrettaient l'établissement
de ce district en raison de la dureté des impôts.
Le district de Castellane était administré par un conseil de district.
Cette circonscription est l'ancêtre de l'arrondissement. Celui de Castellane
fut établi à la suite de la loi du 28 pluviôse an VIII (17
février 1800) instituant les préfets. Lévolution
de larrondissement : conservation dun cadre
En 200 ans, la carte de larrondissement de Castellane na connu
que des aménagements marginaux. Le rattachement du comté
de Savoie à la France, en 1860, na pas accru létendue
de larrondissement de Castellane. La conservation des limites territoriales
lui donna deux voisins: à lEst, le département des Alpes Maritimes
et, au Nord, larrondissement de Barcelonnette. Ce nest
quen 1973 que le réalisme géographique conduisit au rattachement
de la commune canton dAllos à larrondissement de Castellane.
Les deux cantons dAllos et de Colmars fusionnèrent ainsi pour former
le canton dAllos Colmars, composé des 6 communes de la haute vallée
du Verdon à compter des 2 Thorame. Parallèlement,
larrondissement se trouvait amputé du canton de Barrême, alors
rattaché à larrondissement chef-lieu de Digne. Cette simultanéité
reçoit une explication plutôt prosaïque selon Mme Bertaina,
déjà employée à la sous-préfecture, et dont
les souvenirs sont vivaces: lextension de larrondissement à
la commune touristique dAllos aurait entraîné un surcroît
de travail qui imposait le recrutement dun troisième agent de bureau.
Lexiguïté des locaux, comme labsence de candidat
à laffectation, déterminèrent alors le préfet
à compenser ladjonction dAllos par le retranchement du canton
de Barrême ! Lhistorien en retiendra peut-être que les
découpages administratifs sont avant tout ceux de ladministration.
Le personnel de notre bonne sous-préfecture, lui, constata par la suite
que lexpansion des stations du Val dAllos avait bien faussé
léquation de départ. Pour qui sintéresse
aux circonscriptions administratives, lhistoire de larrondissement
de Castellane comporte son lot danecdotes. Au Fugeret, Marcel Jacomet, ladjoint
spécial du hameau dArgenton, se plaît à raconter comment
le hameau dAurent se trouva un jour retranché du territoire de la
commune de Braux. Cétait, paraît-il, après la Grande
Guerre ; un conseiller municipal natif dAurent avait pris linitiative
de réparer bénévolement le bassin deau potable du hameau,
en amenant, sur son dos, un sac de ciment. Or, le maire et le conseil municipal
de Braux refusèrent par la suite de lui rembourser lachat de ce sac.
Révoltés, les habitants dAurent exigèrent, et obtinrent,
que leur hameau fût rattaché à la commune voisine de Castellet
lès Sausses. Lhistoire ne dit pas si ce sac de ciment fut alors remboursé
ou non. Si les limites de larrondissement nont que
peu varié, le fait majeur, depuis son institution, est certainement lépisode
de sa disparition réapparition, dans la première moitié du
vingtième siècle. Dans le cadre du plan Poincaré, lEtat
fut amené à aliéner certains de ses biens. En 1926, la sous-préfecture
de Castellane était supprimée, en même temps que le tribunal
de paix qui avait succédé à la cour de sénéchaussée
(le prix de vente de 1926 na pu être retrouvé). Les communes
de larrondissement furent alors rattachées à la ville chef-lieu,
Digne. La sous-préfecture ne fut rétablie que le
9 juin 1942, par le Gouvernement de Vichy, qui y nomma le sous-préfet Paganon.
Son successeur, le sous-préfet De la Porte, nommé le 18 décembre
1943 a laissé plus de souvenirs auprès des habitants de Castellane.
Certains racontent qu'il apporta une aide secrète à la résistance
en organisant des réunions, voire même en transportant des partisans
dans sa Citroën Traction de fonction. Au contraire, et de façon peut-être
plus réaliste, M. Louis Dauthier, maire de Castellane à cette époque,
relate des faits qui illustrent une attitude plus ambiguë.
La sous-préfecture
à Castellane : un petit chef-lieu, de nombreux déplacements
Curieusement, la population castellanaise, si attachée
à son statut de chef-lieu d'arrondissement, n'a gardé que peu de
souvenirs quant aux emplacements successifs de sa sous-préfecture. Il faut
dire que beaucoup de bâtiments s'enorgueillissent d'avoir, à une
époque ou à une autre, abrité le représentant de l'Etat,
ce qui brouille un peu les mémoires. Il semble établi
que la sous-préfecture fut premièrement installée dans la
rue Basse, vers le milieu de sa longueur et du côté opposé
au village. Il s'agit de la maison que l'on peut voir aujourd'hui au 34 de la
rue Nationale, et qui abrite au rez-de-chaussée le Conservatoire des Arts
et Traditions Populaires. L'abbé Laurensi fait mention de
l'histoire du bâtiment. Cette grande maison de la rue Basse (ou du Vallat),
avec son beau jardin sur l'arrière, fut donnée au début du
XVIIIème siècle aux pères de la Doctrine chrétienne
par le sieur Martini, seigneur de Brenon, à charge pour eux de demeurer
à Castellane. Ces pères, qui dirigeaient le séminaire du
diocèse de Senez, préparaient de la sorte la transférence
annoncée du siège épiscopal à Castellane. Celle-ci
n'ayant pas eu lieu, la maison fut abandonnée près de vingt ans
et pillée. M. de Vocance, évêque de Senez, la fit rénover
en 1748 et y établit des prêtres séculiers pour diriger ses
ecclésiastiques. Le bien fit ensuite partie des confiscations
de l'Etat sous la Révolution. Il abritait vraisemblablement le conseil
d'arrondissement, en 1800, lorsque y fut aménagé l'hôtel de
la sous-préfecture. La maison de la rue Basse n'abritait
déjà plus le sous-préfet lorsque s'y arrêta Napoléon
Bonaparte pour y déjeuner, le 3 mars 1814 (les historiens désignent
l'adresse comme l'ancien hôtel de la sous-préfecture). Notons que
l'Empereur fut accueilli par la population avec plus de curiosité que de
sympathie. Pour l'anecdote, il obtint sans difficulté pour ses hommes trois
passeports en blanc, signés par le maire. Une plaque commémore le
passage de l'Empereur, sur la façade au 34 rue Nationale. Elle y fut posée
en 1930 par le syndicat d'initiative, à l'occasion du baptême de
la route Napoléon. La seconde adresse de la sous-préfecture
n'est pas connue avec certitude. Un document d'archives fait mention de la rue
Coffe en 1846, depuis lors débaptisée. Toujours
est-il que les inventaires des biens du service, en 1851, 1856 et 1866, placent
la sous-préfecture dans la Plus basse rue. S'agit-il de la rue Basse, dite
du Vallat ? C'est peu probable, vu la dénomination explicite de la voie.
Il s'agit plus vraisemblablement del'actuel boulevard de la République,
dont les maisons avaient été édifiées peu avant sur
la place de Grave, en bordure du Verdon. Dans ce cas, tout laisse à penser
que la sous-préfecture occupait la maison centrale, aujourd'hui à
l'enseigne de Ma petite auberge, dont nous reparlerons. En 1872,
on retrouve la sous-préfecture dans la rue Nationale (qui a gardé
ce nom), mais sans l'adresse exacte. Avait-elle réintégré
l'hôtel de ses débuts ? Un inventaire du 9 novembre 1878 laisse à
penser le contraire, puisqu'il ne mentionne que deux étages (au lieu de
trois) donnant sur jardin. Il pourrait s'agir en fait d'une maison voisine, du
même côté de la rue, de belle allure quoique moins grande.
Par bail du 31 octobre 1882, le sous-préfet Abeille prend en
location aux demoiselles Chauvin une nouvelle maison de 4 étages sur la
place de la Liberté, moyennant un loyer annuel de 1600 francs. Il s'agit
ainsi de la cinquième adresse connue. La maison existe encore de nos jours;
sur cette place, au bas du boulevard Saint-Michel, se trouve actuellement le monument
aux morts. L'édifice accueille à présent un cabinet médical.
Quatre ans plus tard, en 1886, un document place de nouveau la sous-préfecture
rue Nationale et l'année suivante, un nouvel inventaire du mobilier mentionne
un bâtiment de 3 étages. Il y a donc lieu de penser que l'hôtel
avait réintégré sa première adresse, l'étape
napoléonienne. En 1896, on retrouve notre sous-préfecture
au boulevard Saint-Michel. S'agit-il en réalité, à nouveau,
de la maison des demoiselles Chauvin, place de la Liberté? Rien ne permet
de le penser (le lieu était de façon constante désigné
comme une place). On peut donc endéduire qu'une autre maison accueillait
les services de l'Etat, probablement l'une de celles qui font face à la
place du monument aux morts. En 1921, il est fait mention de la
sous-préfecture au boulevard de la République. Il s'agit sans ambiguïté
de l'immeuble sur la place Marcel Sauvaire, avec jardin sur l'arrière donnant
sur le Verdon, occupé de nos jours par l'hôtel restaurant Ma petite
auberge. Une anecdote concerne la porte d'entrée de l'édifice ;
ce serait celle que le sous-préfet avait fait réaliser lorsque l'hôtel
se trouvait dans la rue Nationale, et qu'il aurait emportée avec son mobilier.
Cette porte est encore visible de nos jours à l'entrée de l'auberge.
La sous-préfecture se trouvait encore au boulevard de la République
lorsqu'elle fut supprimée en 1926. Seize ans plus tard,
lorsqu'il fut décidé de la rétablir en juin 1942, la sous-préfecture
fut installée exactement de l'autre côté de la place principale,
dans les anciens locaux du palais de justice. L'édifice, de belle allure
avec ses chaînages et voussoirs de pierre en plein cintre, est occupé
de nos jours par la Caisse d'épargne. Le tribunal civil, lui, ne fut pas
rétabli. Après la guerre vinrent les grands travaux,
avec la construction des barrages de Castillon et Chaudanne sur le Verdon. Parallèlement,
le sous-préfet Teitgen, qui a laissé le souvenir d'un homme entreprenant
et dynamique, installa en 1949 la sous-préfecture dans une villa bourgeoise
construite dix ans plus tôt. Les services de l'Etat s'y trouvent encore,
et chacun apprécie le grand jardin et le charme du lieu, situé
à moins d'un demi kilomètre du centre-ville. En à
peine deux siècles, la sous-préfecture aurait ainsi occupé
huit adresses différentes et connu dix déménagements ! La
fréquence de ces mouvements, précisément, explique peut-être
la difficulté de retrouver des archives retraçant l'activité
des services. Toujours est-il qu'en fouillant dans les recoins
du sous-sol, on peut encore dénicher quelques vieux recueils de jurisprudence
reliés de cuir fauve, datant de l'époque où Castellane avait
son tribunal civil, ses juges et avocats
A l'occasion d'une
visite en juillet 2001, M. le Préfet regrettait que les services de l'Etat
fussent un peu excentrés du cur de la ville, et invitait le sous-préfet
Brassart à garder un il sur les transactions immobilières
à venir. L'Histoire s'écrit chaque jour, n'est-ce pas ?
Bibliographie
| Auteur |
Titre | Éditeur |
Parution | |
Abbé ROBERT | Létat de
la Provence dans sa noblesse | |
1677 | Abbé
Joseph LAURENSI | Histoire de Castellanne |
| 1775 et 1898 |
| GRAS-BOURGUET | Antiquités
de larrondissement de Castellanne | M. REPOS
(réédité par Res Universis en 1993) |
1842 | | Chanoine
MARTIN | Histoire de Castellane de 1775 à nos
jours | Notes publiées dans le quotidien Le Méridional
| 1951 - 1952 |
R. COLLIER | La
vie en Haute-Provence de 1600 à 1850 | |
Digne, 1973 | |