[La Sous-Préfecture
de Barcelonnette] Histoire
de l'arrondissement de Barcelonnette La Loi du 28 Pluviôse
an VIII (17 Février 1800) créant le corps préfectoral constitue
la première des grandes réformes qui jalonnent le Consulat de lEmpire
: administration, vie publique, concordat, système métrique, enseignement
secondaire puis supérieur, justice, code civil. Ces réformes visaient
au même objectif, donner à la nation une administration uniforme,
une justice appliquant les mêmes lois à tous les citoyens. Les préfets
et sous-préfets nommés et révoqués par le premier
Consul (Empereur en 1802) en étaient les représentants personnels
chargés dassurer la présence, lordre et lautorité
de lEtat jusque dans les plus petites communes. Larrondissement
de Barcelonnette comporte en 1800, 4 cantons dont les chefs-lieux sont Barcelonnette,
Le Lauzet, Meyronnes, remplacés dès 1803 par Saint-Paul et Allos
qui ne comporte quune commune. 18000 habitants environ y vivaient.
Outre Allos quon peut rejoindre par le col du même nom, larrondissement
est formé comme de nos jours, de la longue vallée de lUbaye
(80 km) de celle de son affluent lOronaye, devenue Ubayette et du vallon
du Mélézen. Le col de Vars permet datteindre par ce vallon
la Durance quon atteint également au sud de larrondissement
par un passage fort périlleux ; de nombreux cols ouvrent en Haute-Ubaye
vers le Piémont par des chemins muletiers. Celui de la
Madeleine/Larche le moins élevé à 1970 mètres daltitude
est fréquenté depuis des siècles. Larrondissement
est essentiellement montagnard, les montagnes sur lEst de la Haute Ubaye
formant la frontière avec le Piémont puis pendant plus de deux siècles,
à la Maison de Savoie : elle est devenue française par le Traité
dUtrecht en 1713 et rattachée à la Provence en 1714.
Ce pays avait joui pendant toute sa période savoyarde de libertés,
en grande partie maintenues par les rois de France ; les chefs de famille ubayens
élisaient consuls, trésoriers et autres "officier" pour
administrer leurs communautés, régler lusage de leau,
des pâturages, de la forêt et emprunter de largent pour payer
les frais de guerre ou les impôts dont ils nétaient évidemment
pas dispensés. Chaque communauté envoyait des représentants
à Barcelonnette, à lassemblée générale
de la vallée. Ces communautés se voulaient garantes
avec leurs consuls des traditions et jalouses de leurs privilèges maintenus
depuis des siècles. Cependant, depuis un édit de
Charles Emmanuel de Savoie en 1614, un préfet nommé par Turin siégeait
à Barcelonnette et avait autorité sur tout le judiciaire. Il visitait
toutes les communautés chaque année. Ce préfet
sera maintenu par la royauté française. La rigueur du climat, de
longs hivers, des gelées toujours à craindre même en été,
rendait la vie difficile dans cet arrondissement. Les récoltes tirées
du peu de terres cultivables, érodées encore par de violents orages
et par les éboulements, nétaient pas de gros rendements.
Au XIXe siècle, les habitants tiraient lessentiel de leurs
ressources dune économie pastorale, élevage de leurs moutons
et location de leurs alpages réputés aux transhumants.
Sy ajoutait à la mauvaise saison, le colportage à Lyon, en
Provence, en Bourgogne et jusquaux Pays-Bas, revenus qui alimentaient le
commerce à Barcelonnette où se tenaient des foires importantes.
Une autre particularité de cet arrondissement était son
taux élevé dalphabétisation contrastant avec lanalphabétisme
de la Provence rurale. Les enfants oisifs pendant les mois dhiver
avaient profité décoles dans les bourgs et même dans
les hameaux selon la volonté de leurs parents. On en trouve trace dès
le début du 17e siècle. Cet enseignement était
plus poussé au collège Saint Maurice de Barcelonnette fondé
en 1646 qui prospéra rapidement et reçut des élèves
dEmbrun, de Seyne et même de Nice et de Coni.
Les premières
années de la Sous-Préfecture et son premier Sous-Préfet
Le premier Prairial an VIII, mai 1800, sinstalle le premier
Sous-Préfet de Barcelonnette, Nicolas RIPERT, bourgeois de la ville qui
avait fait des études littéraires, était marié, père
de 8 enfants et qui jouissait dune modeste aisance (4.000 Francs de fortune
personnelle). Il restera à ce poste 16 ans, pendant le Consulat
et lEmpire, ce qui constitue un record de longévité.
A travers ses rapports et sa correspondance, apparaît bien sa volonté
daffirmer la présence et lautorité de lEtat sous
les ordres de ses préfets successifs, mais aussi son souci de faire accepter
de nouvelles lois à une population assez rétive devant elles tout
en protégeant ses concitoyens quand ces règles nouvelles lui apparaissent
peu adaptées à larrondissement. Suivons-le pendant les premiers
jours de son installation. Le 21 Mai, jour de sa prise de fonction,
le voici confronté à des problèmes de sécurité
aux frontières de larrondissement qui est en état de siège
; un gendarme venant de Larche annonce que lennemi sy est présenté.
On ne dispose que de 300 hommes de troupe. Nicolas Ripert alerte
toutes les municipalités, rassemble la Garde Nationale et décide
dune levée de 200 hommes supplémentaires pour cette garde.
Il aura par la suite bien dautres occasions de surveiller
la frontière, incursions piémontaises, retours clandestins démigrés
ou passages de brigands. Ce même jour, il demande au Préfet
des renseignements sur les procédures pour les mariages et pour létablissement
des passeports nécessaires pour sortir du département.
Étant du pays, il connaît sans doute lexistence de faux mariages
inscrits sur les pages contresignées mais non utilisées de certains
registres détat-civil pour éviter la conscription.
Il condamnera encore des pratiques illégales à ce sujet en 1810,
dans une circulaire aux maires. Le même jour, il convoque les membres
du Tribunal civil, en vue de leur installation. Mais une difficulté
se présente : la salle est occupée. Dès le
lendemain donc il écrit aux juges de paix en les invitant à "déblayer
le local quils occupent et qui est dévolu au Tribunal".
Et à propos de cette installation, il note "on ma
recommandé dy mettre de la pompe et de lappareil. Je vais donc
devoir convoquer la Garde Nationale et requérir la troupe de ligne".
Dans ces mêmes journées, à la vérité
bien chargées, il doit intervenir auprès de certains agents municipaux
qui nexécutent pas les ordres de réquisition du commandement
militaire. Il le fait dans des termes plus que fermes.
Ainsi, au maire de Larche, il écrit : "oubliez donc un instant
lintérêt particulier de vos administrés et ne voyez
que lintérêt général afin que je naie pas
le désagrément de voir le 1er jour de mon administration des fonctionnaires
publics sourds à la voix de la patrie et exposés par-là à
des mesures rigoureuses". Le même jour et pour le même motif,
il écrit au Maire du Lauzet que son refus pourrait lamener à
être puni de manière à lui faire regretter de navoir
pas obéi. Il faut préciser quen 1800,
les agents municipaux étaient dans les petites communes nommées
et révoqués par le préfet. Les réunions
des conseils municipaux devaient être autorisées par les sous-préfets
qui entérinaient ou non leurs décisions. Les membres
du conseil darrondissement étaient aussi nommés par le préfet.
Le sous-préfet en décidait la convocation et lordre
du jour en fonction des mesures quil envisageait de prendre.
Les membres du conseil avaient néanmoins la parole et en profitaient souvent
pour se répandre en doléances à propos de la fiscalité
en demande daides de lEtat et en vux parfois bien justifiés.
Ainsi, à la première séance du conseil, quelques
jours après larrivée du sous-préfet Ripert, les conseillers
ont souhaité quon facilite la libre circulation des marchandises
entravées par les octrois dont le dernier ne sera supprimé quen
1848 et quon réalise la grande route dEspagne à Coni
en Italie en passant par Montpellier, Digne et Barcelonnette. Ce vu, transmis
par le préfet, ne sera exaucé que bien plus tard.
Le 28 Mai 1800, Nicolas Ripert peut enfin soccuper de son installation matérielle
par un arrêté dont il rend compte au préfet : "le
placement des bureaux du sous-préfet et du tribunal exigeait un local spacieux
et tranquille. Il existait une maison dans cette commune appelée LA
PREFECTURE où les tribunaux de la vallée étaient placés
avant la Révolution. Jai transporté la municipalité
de Barcelonnette qui sy trouvait dans un édifice national appelé
la Cure". Pour organiser ses rapports de travail avec
les municipalités, il écrit à tous les maires de son arrondissement
pour leur enjoindre de se rendre à la sous-préfecture 3 fois par
décade pour y prendre les paquets et ordres quil aurait à
transmettre. Pendant ces premiers jours, il avait aussi à
soccuper dune contribution volontaire à propos de laquelle
il écrit au préfet : "jai essayé de leur faire
sentir la nécessité de porter cette contribution au niveau de perfection
que le besoin de lEtat semble exiger". Mais sans
doute ses administrés ne désiraient-ils pas atteindre ce même
niveau de perfection puisquil écrit quelques jours plus tard : "il
est incroyable combien il faut répéter la même demande pour
obtenir un résultat à jour fixé !".
Notons lautorité parfois cassante quand le sous-préfet Ripert
sadresse aux maires ou à certains fonctionnaires, signe dun
grand sens de la hiérarchie
mais le préfet nenbénéficie
pas qui reçoit venant de Barcelonnette des courriers dune étonnante
liberté de ton et dexpression. Ainsi le préfet
ordonne par circulaire la récupération des fusils détenus
par des particuliers : le sous-préfet qui juge sans doute la mesure mal
venue en Ubaye laisse la circulaire dans un tiroir et se contente den avertir
son préfet en lui écrivant simplement : je nai pas cru devoir
donner connaissance aux municipalités de votre circulaire.
Le 17 Juin, il reçoit à nouveau des instructions quil juge
peu applicables dans son arrondissement et commence son courrier par "vous
navez sans doute pas connu dadministration de pays frontalier"
et le termine en disant "avoir qualité pour dire la vérité
à ceux qui savent lentendre". Il ne sen
prive pas quand il sagit de la réforme des poids et mesures décrétées
en 1801. Sil approuve dabord cette réforme
dans son principe, souhaitant que la population ladopte, il trouve fort
à redire dans son application et en arrive en quelque sorte à justifier
les résistances des Ubayens. En Août 1802, Nicolas
Ripert rend compte de cette affaire au préfet : les caisses contenant les
étalons et les poids sont encore dans ses bureaux ; leur prix na
pas encore été acquitté par les communes.
Il relance les percepteurs pour quil le soit tout en considérant
que ce prix est trop élevé. Dailleurs, le matériel
ne vaut rien. Les mesures pour le grain sont de si mauvaise qualité quun
jour de marché suffirait sans doute à les mettre hors dusage
et si les poids sont beaux
on a oublié de livrer en même temps
les balances. Fabriquer ces mesures à Barcelonnette serait
moins cher pour un meilleur travail. Voici la conclusion de cette mercuriale :
on éprouvera sans doute ici comme ailleurs une résistance dont
on ne pourra seulement accuser lhabitude. Cette résistance
existe encore en 1807 quand le sous-préfet DE BAILLY constate que les
négociants au détail ne sortent les poids quà larrivée
du vérificateur et les rentrent après son passage !
On voit que dans cet arrondissement ladministration préfectorale
navait à lévidence pas encore trouvé son style
ou du moins, que Nicolas Ripert nen avait pas pris conscience.
Mais il avait le sentiment de représenter lEtat et le désir
de faire accepter lintérêt général sans négliger
lintérêt propre de son arrondissement qui était aussi
son pays natal. Il sy impliqua beaucoup, trop peut-être
! Des erreurs administratives, un différend avec le maire
de Barcelonnette, quelques problèmes financiers et le changement de régime
après la chute de Napoléon amenèrent sa perte.
Il fut destitué en 1816 et ne retrouva un poste de sous-préfet quen
1820 à Sisteron. Le logement du sous-préfet
et les bureaux Avant de faire la connaissance dautres
sous-préfets et dautres dossiers, voyons où étaient
installées les sous-préfectures de Barcelonnette.
Nicolas Ripert, dans le bâtiment de lancienne "préfecture",
à côté du tribunal, disposait dun jardin en bordure
de lactuelle place Manuel. Ces bâtiments ont dû
disparaître autour de 1823 quand on reconstruisit le palais de justice.
On trouve ensuite la sous-préfecture place du Gravier, dans une maison
en location ; est-ce pour cet immeuble quest signé en 1890 un bail
pour 1.500 francs par an avec promesse de fournir 2 robinets deau de
ville ? En 1926, le sous-préfet occupe une maison à
lentrée de la ville près du monument aux morts actuel. Le
loyer de cet immeuble qui jouit dune salle de bains "aménagée
dans une cuisine" est de 3.400 francs par an. En 1948, le
sous-préfet CUIN trouve "lhôtel de la sous-préfecture"
fort délabré, sans chauffage confortable, sans garage, avec 2 seuls
bureaux. Ce nest quen 1954 que commence la construction
dune sous-préfecture sur un terrain acheté à lONF.
En 1979, le personnel sétant accru, on a besoin de
plus de place et lachat est fait de la villa mexicaine de la famille Proal,
maison de 3 étages, allée des Dames. Les bureaux
y sont installés au rez-de-chaussée. Le sous-préfet de Barcelonnette
aura été le dernier à être installé dans ses
murs, 50 ans après son collègue de Castellane !
La ville de Barcelonnette
Les sous-préfets dont les logements nétaient
pas, jusquà une période récente, aussi agréables
quils pouvaient lespérer, ne sinstallaient pas dans une
petite bourgade sans attraits culturels. On a vu que larrondissement
jouissait dun bon niveau dalphabétisation.
On y comprenait et on y parlait le français, ce dont sémerveillait
le vicomte de Bargemont en voyage dans lUbaye au début du XIXème
siècle. On pourrait avancer que cette particularité
était due à lengouement de la maison de Savoie qui avait décidé,
au XVIème siècle que les actes officiels devraient être rédigés
en français. Toujours est-il que les écoles primaires
fonctionnaient depuis fort longtemps dans les villages et même souvent dans
les hameaux. Le sous-préfet DURAND, venant de Bretagne,
sétonnait de navoir trouvé aucun illettré au
tirage au sort du contingent en 1883, le pourcentage de conscrits illettrés
pouvant atteindre 50% dans dautres régions. Il y avait
en 1891 dans larrondissement, 2.777 élèves répartis
en 20 écoles de garçons, 19 écoles de filles, 69 écoles
mixtes à quoi il faut ajouter 215 élèves qui fréquentaient
des établissements libres et aussi 2 classes maternelles à Barcelonnette.
La loi du 4 Messidor an XI (24 Juin 1802), prévoyait la création
dun établissement secondaire public par arrondissement. Or à
Barcelonnette, un collège avait prospéré depuis le XVIIIème
siècle, collège qui était tombé en désuétude
quelques années avant la Révolution. Le sous-préfet
Ripert et le conseil darrondissement demandèrent aussitôt lapplication
de cette loi et le 28 Pluviôse an XII le conseil dadministration de
lécole secondaire de Barcelonnette tint sa première séance
sur la convocation du sous-préfet. Ce collège connaîtra
bien des vicissitudes mais la municipalité de Barcelonnette et les parents
de la Vallée feront de gros efforts financiers pour lui permettre de vivre
notamment quand lempereur, pour financer les universités quil
créait, imposa un impôt aux écoles existantes.
Au milieu du XIXe siècle, le collège comptait plus de 100 élèves
dont 58 latinistes et les sous-préfets successifs ne manquaient pas de
rendre visite à cet établissement sur lequel ils recevaient dailleurs
un rapport annuel. Ils visitaient aussi lécole normale
dinstituteurs du département créée en 1832 et dont
la commission de surveillance se réunit le 23 Janvier 1833 sous la présidence
du sous-préfet. Cette école fonctionna plus de 50
ans dans larrondissement puis fut transférée à Digne.
De nos jours, Barcelonnette possède un collège et un
lycée avec section sports-études, un musée, une association
à vocation historique, un cinéma avec 2 salles et récemment,
une salle de spectacles. Lactivité
militaire Outre les travaux inhérents à
ladministration préfectorale, partout en France les sous-préfets
de larrondissement eurent à traiter des dossiers spécifiques
dus à la situation géographique de pays montagnard et pays frontalier.
Le sous-préfet Ripert avait bien souligné cette situation
frontalière; on le voit sinquiéter du retour clandestin des
émigrés, des raids possibles des "brigands" et
de leurs troupes comme ce CATTON passé de Nice en Italie puis rentré
en Ubaye où finira son équipée. Ses successeurs
parlaient dans un rapport de "déserteurs, de contrebandiers et
de trafic de bétail". De nos jours, cest limmigration
clandestine qui est surveillée à Larche par la P.A.F. (police aux
frontières). Lactivité militaire due à sa situation
stratégique a représenté un élément important
de la vie de larrondissement. La présence militaire
y fut dabord assez réduite et ponctuelle surtout constituée
de troupes venues dautres régions de France. Puis
le 28ème B.C.A. (Bataillon de Chasseurs Alpins) sinstalla dans une
ancienne filature de soie à Jausiers; le 157ème B.C.A. lui succèdera
dans le même bâtiment avant de trouver une garnison permanente à
Barcelonnette. En 1913, cest un bataillon de chasseurs alpins
qui le remplacera. Ces garnisons réclamées depuis
longtemps étaient vues dun il favorable par la population et
par les communes; elles étaient bénéfiques pour le commerce
et fournissaient par le droit de casernement des recettes fiscales.
La dissolution du IIème B.C.A en 1991 a donc suscité un très
vif émoi; la création dun centre dentraînement
aux combats en montagne, à effectif plus réduit ne compensant pas
les effets négatifs de la disparition de la garnison. Le
sous-préfet FABRE présida alors un comité de pilotage pour
la création dentreprises subventionnées après examen
de leurs projets; mais peu dentre elles ont pu subsister.
Cette position stratégique connue depuis fort longtemps avec le camp de
Tournoux, les redoutes de Berwick et le fort de Saint-Vincent avant la Révolution,
sera renforcée entre 1845 et 1890 de forts, batteries et casemates.
Le premier ouvrage entrepris, le plus important est le Fort de Tournoux
qui nécessitera 12 ans de travaux et emploiera jusquà 1.500
ouvriers, truffant le rocher de galeries, escaliers et emplacements de tirs.
Cest un témoignage remarquable de larchitecture
militaire de lépoque. Les fortins résistèrent
en Juin 1940 aux troupes italiennes. Tous ces travaux ont été
la source de rapports et dossiers en relation avec les autorités militaires
et les communes pour les achats de terrains nécessaires et pour leur expropriation,
souvent. Si larrondissement de Barcelonnette ne fut pas terrain
de combat en 1914 cest que lItalie, dabord dans la triple alliance,
était devenue ensuite une alliée de la France. Mais
la seconde guerre mondiale sera pour lUbaye une période difficile
avec évacuations, occupations et combats. En Juin 1940,
une partie de la population fut évacuée vers Turriers puis la Lozère,
à la suite de la déclaration de guerre de lItalie. Les troupeaux
trouvèrent refuge du côté dAllos. Bêtes et gens
revinrent après larmistice. Une 2ème évacuation
eut lieu, qui dispersa la population de la Haute-Ubaye dans le reste de larrondissement,
dOctobre 1944 à Mai 1945. Conformément à
la convention darmistice, les Italiens noccupèrent quune
très modeste frange de territoire au fond du Vallon de Maurin et à
Larche puisque linvasion avait été stoppée là.
A partir de Novembre 1942, cette occupation sétendit mais
confiée à des troupes alpines dont beaucoup de soldats étaient
liés aux habitants de larrondissement par des liens damitié
ou de parenté, elle fut assez légère et remplacée
en Septembre 1943 par des détachements allemands qui deviendront virulents
pendant les combats en 1944-45. Cest en effet à ce
moment que larrondissement connut plus directement la guerre et que la sous-préfecture
y fut mêlée. La résistance sétait
organisée dès 1942, en accord plus tard avec les résistants
italiens de lautre versant alpin. Le 6 juin, le maquis passe
à lattaque pour fermer tous les passages et verrous, sur ordre supérieur.
Mais cette campagne commencée trop tôt avec des hommes
peu armés et souvent sans expérience, prendra fin 8 jours plus tard,
après de rudes combats et malgré un parachutage darmes sur
un terrain de Barcelonnette, et en dépit de laction du sous-préfet
CUIN, parti de nuit jusquau Tunnel du Parpaillon au-dessus de La Condamine
pour demander quon attaque du côté dEmbrun les arrières
de lennemi. A la suite de cet échec, les allemands fusillèrent
plusieurs résistants et firent régner la terreur à Barcelonnette
et dans les villages pendant quelques jours. Comme on le voit,
le sous-préfet CUIN qui avait pris son poste en Février 1944 était
un résistant et on peut lui en rendre hommage. Son action se déploya
sur plusieurs fronts. Aux dénonciations arrivées
sur son bureau il opposa une résistance passive en les ignorant et en protégeant
ainsi des familles qui avaient trouvé refuge dans les villages. Il mena
aussi une résistance active assurant plusieurs missions de liaison.
En Août 1944, les combats avaient repris en Ubaye; il sagissait
de protéger le flan droit des troupes débarquées dans le
Midi en tenant les cols alpins et dattaquer la garnison allemande de Larche
qui pouvait être rejointe par dautres forces allemandes remontant
la Stura. La route de Larche ayant été coupée
par des résistants, les allemands décidèrent quelle
devait être réparée par les habitants de Meyronnes.
Un "conseil de guerre" se tint alors à la sous-préfecture
pour trouver le moyen dempêcher la réparation de la route sans
mettre en danger les civils chargés du travail. On décida
de simuler une attaque des ouvriers chargés de la réparation par
le Maquis
le lendemain, le sous-préfet est convoqué par les
allemands ; il se rend à La Condamine et de là téléphone
à Larche, faisant croire que lautorité civile na plus
le contrôle du pays. Lorganigramme de lorganisation
civile de la Résistance mentionne le sous-préfet CUIN comme responsable
des 4ème et 5ème bureaux : état civil, hôpital, services
sociaux, prévauté et sécurité publique.
Il prendra part aux derniers combats dAvril 1945. En effet,
si Digne a été libérée en Août 44, larrondissement
de Barcelonnette connut des combats jusquen Mai 45 du moins dans sa Haute-Vallée.
La ville de Barcelonnette recevra plus tard la Croix de Guerre avec étoile
dargent. En poste jusquen 1952, le sous-préfet
CUIN gèrera encore nombre de dossiers issus de la guerre, le déminage,
laccueil des réfugiés dont beaucoup retrouvent leur maison
détruite, la reconstruction et le traitement des dommages de guerre.
Les services départementaux sont eux aussi très sollicités
et le sous-préfet se plaint quils prennent de plus en plus lhabitude
de traiter directement avec les maires en ignorant systématiquement la
sous-préfecture et ajoute-t-il "lorsquune difficulté
survient, les maires intéressés sadressent régulièrement
au sous-préfet qui bien souvent nest au courant de rien".
Léconomie
La situation stratégique de lUbaye a donc joué
un grand rôle dans la vie économique de larrondissement.
Tout aussi déterminante a été sa situation de
pays de montagne. Les terrains escarpés nont pas facilité
les communications. Les crues violentes au printemps, les avalanches
lhiver et les éboulements ont mobilisé et mobilisent encore
les sous-préfets et les services techniques. Notons en
particulier les "grandes crues du siècle" en 1856 et 1957
qui emportèrent de bonnes terres et concoururent comme les guerres à
la désertification du pays. Lagriculture
On comprend alors que lagriculture nait pas connu un grand
développement dans larrondissement au cours de ces 2 siècles
et les sous-préfets nont guère pu suivre les préfets
dans leurs efforts pour promouvoir les nouvelles cultures. Lélevage
LUbaye a été pendant longtemps une terre délevage,
des ovins surtout. A ceux du pays, venaient et viennent encore
sajouter les transhumants. Cest dun élevage
un peu particulier que soccupèrent les comices agricoles et le sous-préfet
MONTAUBIN, président de la manifestation en 1854. Cette
année là, on accueillit à Barcelonnette 2 yacks offerts par
le ministre FORTOUL, originaire du département. Les yacks
et leurs métis furent ensuite placés chez des particuliers; on jugea
vite cet élevage décevant et coûteux. A Barcelonnette
on réussit à confier les bêtes à la Société
Centrale dAgriculture des Basses-Alpes. Finalement il semble que le préfet
ait expédié les bêtes à Turin en 1871!
Mais il faut signaler que le sous-préfet DARD a été certainement
le seul sous-préfet de France à se trouver lheureux propriétaire
dun yack qui ne pouvait que donner un petit air exotique au jardin
de la sous-préfecture ! Les comices agricoles connurent
ensuite un déclin dont le sous-préfet DURAND essaya de les tirer
en fondant une fête de lagriculture qui neut pas de suite.
La forêt
Victime de la surcharge pastorale et des intempéries, la forêt ubayenne
se portait mal. Les communautés avaient essayé de
réglementer lusage du bois et des coupes par leurs capitulations,
lois édictées par les conseils. Les règles
en étaient strictes mais insuffisantes malgré tout pour pallier
la déforestation. Pourtant la loi de 1827 sur la forêt
soumise, fut mal acceptée par la population et les maires et le sous-préfet
DE BAILLY en poste à cette date, dut gérer le conflit en désignant
un expert et en expliquant que "lesprit de la loi était de
ne pas soustraire à lautorité de lEtat des forêts
susceptibles dune exploitation rationnelle et régulière que
les communes ne peuvent assurer". Le service des Eaux &
Forêts accomplit un énorme travail dans la seconde moitié
du XIXe siècle en constituant des barrages successifs sur le terrible Riou
Bourdoux dont les crues avaient transformé le vaste cône de déjection
autrefois cultivé, en un terrain désolé.
Ces crues étaient dautant plus dévastatrices que la forêt
avait complètement disparu des flancs de la montagne : on cite celles de
1836, 1839, 1842, 1845
Grâce à des travaux répétés
et au reboisement, les Eaux & Forêts ont réussi à assagir
dans la vallée ce torrent et dautres qui, pour être moins célèbres,
nen étaient pas moins dangereux. Comme les lois sur
la forêt jadis, la création du Parc National du Mercantour plus récemment,
suscita lhostilité de la population en raison des contraintes quelle
impliquait. La commune dAllos se trouvant englobée dans le périmètre
du Parc, le sous-préfet de Barcelonnette a siégé au conseil
dadministration. Lindustrie
Depuis fort longtemps, les habitants de lUbaye utilisaient
la LAINE de leurs troupeaux et le chanvre quils faisaient pousser pour tisser
pendant le long hivernage des draps solides mais assez grossiers et des toiles
pour tous les usages domestiques. Ils tissaient à la fin
du XVIème siècle plus de draps quil ne leur en fallait pour
leur besoin propre et faisaient donc commerce denviron 4.000 pièces.
A cette époque, ils commencèrent aussi à filer
des cocons de soie et un peu plus tard, sintéressèrent aux
blocs de marbre quon trouvait au fond du Vallon de Maurin.
Les rapports des sous-préfets nous éclairent sur lévolution
de ces diverses activités qui ont soulevé des espoirs de développement
sans vraie réussite. Lexploitation du MARBRE interrompue
puis reprise au cours du XIXème sest terminée en 1962.
Ce marbre était connu et apprécié hors du département,
à Paris (escalier de lOpéra) et à létranger.
Plus de 100 ouvriers au milieu du XIXème travaillèrent
à son extraction : on le sciait en plaques dont lune a dû orner
une cheminée de la préfecture de Digne. Mais avec
un prix dextraction de 120F le m3 et un prix de transport de 300F ce même
m3, il était improbable que cette industrie puisse se maintenir. Les dernières
années, on ne fit quacheminer les blocs pour les réduire et
les utiliser une fois concassés. La laine na jamais
été traitée dans de grands ateliers. Le sous-préfet
RIPERT note une fabrication de 3.613 pièces en 1816 en plus du tissage
destiné aux particuliers. En 1817, le sous-préfet dOrcières
se félicite de la création dun atelier pour donner du travail
à 150 indigents en fabriquant du drap "équivalent à
celui de Carcassonne". Au contraire il existait au XVIIIème
siècle, 2 filatures "pour dévider et mouliner la soie en
Ubaye". On y travaillait des cocons venus du Piémont
pour les tisseurs de Lyon. Le sous-préfet RIPERT, dans un rapport du 13
avril 1801 explique que les 2 "moulins à soye" donnaient
au tors un apprêt particulièrement apprécié des négociants
lyonnais mais que ces 2 fabriques ont cessé leur activité par faute
de moyens des propriétaires. Il ajoutait que lune
au moins pourrait être remise en marche avec "le moindre encouragement".
En 1834, sur autorisation du préfet, des métiers sont
installés à Barcelonnette et aux alentours par 2 frères ARNAUD,
fabricants de soie à Lyon. Le sous-préfet LABOULAYE en dénombre
75 en 1834 qui occupent une centaine de personnes. Il ne sagit plus de filature
mais de tissage. Le sous-préfet reconnaît que les
ouvriers nétant pas encore très expérimentés,
ne font que des étoffes de moyenne qualité et des étoffes
à parapluie; mais il fonde de grands espoirs sur cette industrie, prévoyant
son extension. Quelques années après, cette entreprise
qui ne compte que des travailleurs à domicile a, comme principal débouché
de ses étoffes de soie, lAmérique du Nord. En 1863, le sous-préfet
parle encore de 75 à 80 métiers disséminés dans la
Vallée. Une autre entreprise sétait en même
temps installée à Jausiers : le sous-préfet COTTE parle de
100 métiers dans cette manufacture quil qualifie de "manufacture
de 1er ordre" et qui a reçu des commandes "de lAmérique
et des premières maisons de France". Cependant
il est signalé dans ces rapports que la main duvre nest
pas très expérimentée, quelle abandonne à la
belle saison le métier pour les champs et surtout que les transports, tant
par leur longueur que par leur difficulté, obèrent les prix de revient.
En 1879, le sous-préfet DEVOISINS écrit que "lindustrie
est absolument nulle dans larrondissement. La difficulté des communications
gênant à la fois limportation des matières premières
et lexportation des produits a empêché jusquici tout
développement de lindustrie". Il ajoutait
que les bras étaient rares et "les idées des habitants tournées
vers le commerce et limmigration".
La polulation
La population en effet, na cessé de décroître.
Soumise à des conditions de vie difficile, elle avait trouvé dans
le colportage des ressources complémentaires. Après
la réussite des premiers ubayens partis pour le Mexique, elle fut de plus
en plus attirée par ce pays. Au début du XXème
siècle, on y comptait environ 4.000 "Barcelonnettes",
plus de 25% de la population de larrondissement, surtout originaires de
Barcelonnette même et de la Haute-Ubaye. En même temps
que cette émigration, le pays a connu une immigration des piémontais
venus remplacer les bras manquants. Notons quun certain mouvement
daccroissement semble samorcer aujourdhui avec larrivée
de nouvelles activités économiques dues au tourisme.
Les communications
On a vu que lindustrie navait pas réussi de percée
en Ubaye non seulement faute de bras mais aussi faute de voies de communication.
Au milieu du XIXème siècle, on ne comptait que des chemins
muletiers mis à part quelques kilomètres de routes carrossables,
en amont et en aval du chef-lieu. Sur de pareils chemins, les
torrents en crue, les avalanches nécessitaient des réparations immédiates
si lon voulait maintenir le ravitaillement du pays. Cétait
le souci constant de Nicolas Ripert, le premier sous-préfet.
Dailleurs, les sous-préfets successifs ont tous eu à constater
des dégâts dus aux intempéries, même de nos jours, sur
des routes modernes et avec des services techniques immédiatement mobilisés.
Les calamités naturelles nétaient pas les seules
responsables de ce piteux état des routes. Durant le Ier Empire, aucune
voie de communication ne fut déclarée "impériale"
en Ubaye et donc aucune nétait à la charge de lEtat.
Ni le département ni larrondissement nétant
riches, il y eut là un manque de ressources. Le Conseil dArrondissement
et le sous-préfet dès la première séance du 5 Avril
1801, demandent que la grande route venant dEspagne par Montpellier et Digne
rejoigne lItalie en passant par la Vallée de lUbaye et le Col
de Larche. Ces vux seront repris par le préfet
mais le classement est toujours demandé en 1834 pour lUbaye.
Ce fut alors larmée qui sopposa à ce projet
considérant quune route royale comme lexplique le préfet
THIESSE en 1839, "ouvrirait un passage facile à une armée
dinvasion". Lopposition fut levée quand fut entreprise
la construction du Fort de Tournoux. La liaison Digne/Barcelonnette de cette route,
réalisée en 1848 ne fut classée quen 1854.
La portion italienne, du Col de Larche à Coni que létat Sarde
sétait engagé à construire en 1856 ne sera carrossable
que 30 ans après, la portion française des Gleisoles à Larche
étant carrossable en 1870. Dans une lettre du 29 Août
1810 adressée au Préfet DE VERMON des Hautes-Alpes, Nicolas RIPERT
donne des renseignements intéressants sur la façon dont étaient
résolus les problèmes d'entretien des routes dans larrondissement.
Il sétait fait, à cette époque le maître
duvre des travaux routiers. Il avait proposé
un "plan de bataille" au préfet qui lavait accepté
puis il mettait en chantier des travaux partout où il le jugeait utile
avec des fonds "pris sur les contribuables" et dont il justifiait
de lemploi chaque année. Cest pour un chantier
sur la route menant à Gap quil sollicite laide du préfet
des Hautes-Alpes dont il espère obtenir des pieux pour renforcer un pont.
Il les obtiendra mais il lui était difficile de refuser
après cette conclusion de notre énergique sous-préfet : "si
vous refusez malgré mes soins les 2 départements resteront séparés
par un précipice affreux et par un ravin qui chaque année coûte
la vie à quelque individu". Du côté
du Col de Vars, lobstacle principal était le Pas de la Reyssole.
Le sous-préfet conseille en 1845 au maire de faire un emprunt
de 20.000F et de demander une subvention du Conseil Général pour
améliorer ce passage dans une gorge étroite. La route
sera praticable aux charrettes en 1849. A la fin du XIXème
siècle, le département possède des routes nationales sans
doute à élargir mais tout à fait praticables.
Quant au Pas de la Reyssole, plusieurs fois rectifié, il est toujours menacé
par un glissement de schistes mais le déclassement de la route devenue
départementale rend difficile la mise en uvre de gros travaux pourtant
absolument nécessaires pour la sécurité.
Serre-Ponçon
Le barrage de Serre-Ponçon, la retenue deau la plus importante
dEurope, a transformé le paysage au nord du département.
Cet ouvrage hydroélectrique très bénéfique
pour le Val de Durance lest aussi pour larrondissement.
Sur les bords de la retenue sest développé un tourisme (plage,
camping) qui procure des revenus aux communes "sajoutant aux taxes
versées par E.D.F." et des soucis de sécurité aux
sous-préfets. Une autre conséquence heureuse pour
larrondissement a été lamélioration de lélectrification.
En effet, dans les années 1980, E.D.F. a lancé un
programme de lignes à haute tension pour renforcer les capacités
du réseau. Le revers de la médaille était
limplantation de grands pylônes dans des sites remarquables notamment
au Lavercq et du côté dAllos. Après
des repérages par hélicoptère avec le responsable de lO.N.F.,
le sous-préfet a pu obtenir un infléchissement des choix initiaux.
Mais il faut se souvenir de la commune dUbaye (8.000 habitants)
qui a été recouverte par les eaux de Serre-Ponçon.
Les anciens habitants sont revenus sur les bords de la retenue en 1982 puis en
1992 pour se souvenir
le film "LEau Vive" tourné
sur un scénario de Giono, reste un témoignage de ce passé.
Le tourisme
Si lindustrie na pas réussi à simplanter dans
larrondissement, le tourisme a pris une place essentielle dans léconomie
de la Vallée. Cest ce quavait bien senti dès
la fin du XIXème siècle, le notaire Arnaud, historien amoureux de
son pays natal disant en 1899 que "si les enfants de la Vallée
le veulent sérieusement, ils peuvent espérer que bientôt une
large part du tourisme français lui sera acquis
".
A la fin du XXème siècle, existent en Ubaye lalpinisme
le congrès du Club Alpin Français se tient à Barcelonnette
en 1898 -, le ski, adopté rapidement par larmée, les circuits
touristiques grâce au développement enfin acquis des voies
de communication et larrivée de lautomobile.
Ces circuits automobiles organisés par la Société P.L.M.
de Nice à Evian avec arrivée de la première étape
à Barcelonnette, connaissaient un grand succès.
Il en avait été prévu une inauguration officielle par le
Président de la République, POINCARE
en 1914.
Seule reste de cette visite annulée pour cause de guerre une vasque de
marbre de Maurin qui devait lui être offerte. Des habitants
aisés du Midi avaient aussi commencé à passer les mois dété
dans la Vallée en suivant sans doute les Ubayens enrichis au Mexique qui,
installés sur la Côte lhiver, venaient lété
ouvrir leur belle villa dans larrondissement. La première
guerre mondiale vint interrompre le développement du tourisme qui reprit
tout de suite après la guerre et connut un bel essor à nouveau interrompu
par la crise économique des années 30. Deux sous-préfets,
messieurs DAT et OTTAVIANI marquèrent alors lintérêt
quils portaient au tourisme dhiver comme à celui dété
en soutenant des projets locaux. La seconde guerre mondiale marqua
un nouveau temps darrêt dans cette activité dont la nécessité
fut soulignée en 1948 par le préfet TOMASI avec un plan pour lexploitation
du "capital neige" de larrondissement de Barcelonnette.
A partir de cette date, le développement de la station du Sauze
où avait été construit en 1934 le premier "monte-pente"
reprend avec vigueur sous limpulsion de son créateur Honoré
COUTTOLENC. LEtat mit en place progressivement une politique
de la montagne et de son tourisme. Des stations nouvelles se créèrent
: Sainte Anne puis Pra-Loup reliée à La Foux dAllos.
Les sous-préfets successifs simpliquèrent directement
dans le développement de ces stations. Mais pour en éviter
une prolifération anarchique dans des conditions défavorables ou
peu rentables, létat avait créé une procédure
dite U.T.N. (Unités Touristiques Nouvelles) dont la D.A.T.A.R. et le S.E.A.T.M.
(Service dEtudes et dAménagement de la Montagne) étaient
chargés. Aussi dans les années 80, les visites sur
les sites, les études de projets, les réunions en sous-préfecture
avec les représentants des communes et des services de lEtat puis
les rapports au préfet, mobilisèrent les sous-préfets.
De plus, jusquen Mai 82, le sous-préfet de Barcelonnette
était commissaire du gouvernement auprès des S.E.M. (Société
dEconomie Mixte) gestionnaires des stations. Les pouvoirs
publics ayant favorisé le montage des contrats "station vallée",
le sous-préfet de Barcelonnette en 1983 prit linitiative de proposer
à 4 communes de la Haute Ubaye la création dun district qui
permettrait la signature dun tel contrat. Cette double opération
qui avait reçu laval du préfet GUYON a été pilotée
par la sous-préfecture de Barcelonnette et a permis, avec le concours financier
de létat, le rachat et la modernisation de la petite station de Sainte-Anne
devenue obsolète. Une difficulté surgit à
ce propos : il fallait pour limplantation des pylônes comme pour le
survol des propriétés, une autorisation des propriétaires
des parcelles concernées. Or avec les années, au cours des
partages successifs, ils étaient 83 disséminés dans toute
la France. La création dune association foncière
pastorale pilotée par la sous-préfecture et la D.A.T.A.R., permit
dobtenir une autorisation globale de survol pour équiper la station
de Sainte-Anne. La création de cette association foncière
pastorale, comme dailleurs la signature du contrat "station vallée",
étaient des premières dans le département.
Il existe une belle définition de ladministration donnée par
un homme qui nen faisait pas partie : "ladministration est
faite pour rendre les choses plus commodes et les gens plus heureux ".
Elle est signée de Bossuet. Il serait peut-être trop
optimiste de penser que tous les sous-préfets durant ces 2 siècles
écoulés y ont souscrit. Puissent du moins, tous les futurs sous-préfets
sen inspirer. |