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La Préfecture
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[La Sous-Préfecture de
   Barcelonnette]
Histoire de l'arrondissement de Barcelonnette
         Les premières années
         L’instalation de la Sous-Préfecture
         La ville de Barcelonnette
         L’activité militaire
         L’économie
         La population
         Les communications
         Les Grands travaux
         Le tourisme

La Loi du 28 Pluviôse an VIII (17 Février 1800) créant le corps préfectoral constitue la première des grandes réformes qui jalonnent le Consulat de l’Empire : administration, vie publique, concordat, système métrique, enseignement secondaire puis supérieur, justice, code civil. Ces réformes visaient au même objectif, donner à la nation une administration uniforme, une justice appliquant les mêmes lois à tous les citoyens. Les préfets et sous-préfets nommés et révoqués par le premier Consul (Empereur en 1802) en étaient les représentants personnels chargés d’assurer la présence, l’ordre et l’autorité de l’Etat jusque dans les plus petites communes.
 
L’arrondissement de Barcelonnette comporte en 1800, 4 cantons dont les chefs-lieux sont Barcelonnette, Le Lauzet, Meyronnes, remplacés dès 1803 par Saint-Paul et Allos qui ne comporte qu’une commune. 18000 habitants environ y vivaient.
 
Outre Allos qu’on peut rejoindre par le col du même nom, l’arrondissement est formé comme de nos jours, de la longue vallée de l’Ubaye (80 km) de celle de son affluent l’Oronaye, devenue Ubayette et du vallon du Mélézen. Le col de Vars permet d’atteindre par ce vallon la Durance qu’on atteint également au sud de l’arrondissement par un passage fort périlleux ; de nombreux cols ouvrent en Haute-Ubaye vers le Piémont par des chemins muletiers.
 
Celui de la Madeleine/Larche le moins élevé à 1970 mètres d’altitude est fréquenté depuis des siècles.
 
L’arrondissement est essentiellement montagnard, les montagnes sur l’Est de la Haute Ubaye formant la frontière avec le Piémont puis pendant plus de deux siècles, à la Maison de Savoie : elle est devenue française par le Traité d’Utrecht en 1713 et rattachée à la Provence en 1714.
 
Ce pays avait joui pendant toute sa période savoyarde de libertés, en grande partie maintenues par les rois de France ; les chefs de famille ubayens élisaient consuls, trésoriers et autres "officier" pour administrer leurs communautés, régler l’usage de l’eau, des pâturages, de la forêt et emprunter de l’argent pour payer les frais de guerre ou les impôts dont ils n’étaient évidemment pas dispensés.
 
Chaque communauté envoyait des représentants à Barcelonnette, à l’assemblée générale de la vallée.
 
Ces communautés se voulaient garantes avec leurs consuls des traditions et jalouses de leurs privilèges maintenus depuis des siècles.
 
Cependant, depuis un édit de Charles Emmanuel de Savoie en 1614, un préfet nommé par Turin siégeait à Barcelonnette et avait autorité sur tout le judiciaire. Il visitait toutes les communautés chaque année.
 
Ce ‘préfet’ sera maintenu par la royauté française. La rigueur du climat, de longs hivers, des gelées toujours à craindre même en été, rendait la vie difficile dans cet arrondissement. Les récoltes tirées du peu de terres cultivables, érodées encore par de violents orages et par les éboulements, n’étaient pas de gros rendements.
 
Au XIXe siècle, les habitants tiraient l’essentiel de leurs ressources d’une économie pastorale, élevage de leurs moutons et location de leurs alpages réputés aux transhumants.
 
S’y ajoutait à la mauvaise saison, le colportage à Lyon, en Provence, en Bourgogne et jusqu’aux Pays-Bas, revenus qui alimentaient le commerce à Barcelonnette où se tenaient des foires importantes.
 
Une autre particularité de cet arrondissement était son taux élevé d’alphabétisation contrastant avec l’analphabétisme de la Provence rurale.
 
Les enfants oisifs pendant les mois d’hiver avaient profité d’écoles dans les bourgs et même dans les hameaux selon la volonté de leurs parents. On en trouve trace dès le début du 17e
siècle.
 
Cet enseignement était plus poussé au collège Saint Maurice de Barcelonnette fondé en 1646 qui prospéra rapidement et reçut des élèves d’Embrun, de Seyne et même de Nice et de Coni.

Les premières années de la Sous-Préfecture et son premier Sous-Préfet
 
Le premier Prairial an VIII, mai 1800, s’installe le premier Sous-Préfet de Barcelonnette, Nicolas RIPERT, bourgeois de la ville qui avait fait des études littéraires, était marié, père de 8 enfants et qui jouissait d’une modeste aisance (4.000 Francs de fortune personnelle).
 
Il restera à ce poste 16 ans, pendant le Consulat et l’Empire, ce qui constitue un record de longévité.
A travers ses rapports et sa correspondance, apparaît bien sa volonté d’affirmer la présence et l’autorité de l’Etat sous les ordres de ses préfets successifs, mais aussi son souci de faire accepter de nouvelles lois à une population assez rétive devant elles tout en protégeant ses concitoyens quand ces règles nouvelles lui apparaissent peu adaptées à l’arrondissement. Suivons-le pendant les premiers jours de son installation.
 
Le 21 Mai, jour de sa prise de fonction, le voici confronté à des problèmes de sécurité aux frontières de l’arrondissement qui est en état de siège ; un gendarme venant de Larche annonce que l’ennemi s’y est présenté. On ne dispose que de 300 hommes de troupe.
 
Nicolas Ripert alerte toutes les municipalités, rassemble la Garde Nationale et décide d’une levée de 200 hommes supplémentaires pour cette garde.
 
Il aura par la suite bien d’autres occasions de surveiller la frontière, incursions piémontaises, retours clandestins d’émigrés ou passages de brigands.
 
Ce même jour, il demande au Préfet des renseignements sur les procédures pour les mariages et pour l’établissement des passeports nécessaires pour sortir du département.
 
Étant du pays, il connaît sans doute l’existence de faux mariages inscrits sur les pages contresignées mais non utilisées de certains registres d’état-civil pour éviter la conscription.
 
Il condamnera encore des pratiques illégales à ce sujet en 1810, dans une circulaire aux maires.
Le même jour, il convoque les membres du Tribunal civil, en vue de leur installation.
Mais une difficulté se présente : la salle est occupée.
 
Dès le lendemain donc il écrit aux juges de paix en les invitant à "déblayer le local qu’ils occupent et qui est dévolu au Tribunal".
 
Et à propos de cette installation, il note "on m’a recommandé d’y mettre de la pompe et de l’appareil. Je vais donc devoir convoquer la Garde Nationale et requérir la troupe de ligne".
 
Dans ces mêmes journées, à la vérité bien chargées, il doit intervenir auprès de certains agents municipaux qui n’exécutent pas les ordres de réquisition du commandement militaire.
 
Il le fait dans des termes plus que fermes.
 
Ainsi, au maire de Larche, il écrit : "oubliez donc un instant l’intérêt particulier de vos administrés et ne voyez que l’intérêt général afin que je n’aie pas le désagrément de voir le 1er jour de mon administration des fonctionnaires publics sourds à la voix de la patrie et exposés par-là à des mesures rigoureuses". Le même jour et pour le même motif, il écrit au Maire du Lauzet que son refus pourrait l’amener à être puni de manière à lui faire regretter de n’avoir pas obéi.
  
Il faut préciser qu’en 1800, les agents municipaux étaient dans les petites communes nommées et révoqués par le préfet.
 
Les réunions des conseils municipaux devaient être autorisées par les sous-préfets qui entérinaient ou non leurs décisions.
 
Les membres du conseil d’arrondissement étaient aussi nommés par le préfet.
 
Le sous-préfet en décidait la convocation et l’ordre du jour en fonction des mesures qu’il envisageait de prendre.
 
Les membres du conseil avaient néanmoins la parole et en profitaient souvent pour se répandre en doléances à propos de la fiscalité en demande d’aides de l’Etat et en vœux parfois bien justifiés.
 
Ainsi, à la première séance du conseil, quelques jours après l’arrivée du sous-préfet Ripert, les conseillers ont souhaité qu’on facilite la libre circulation des marchandises entravées par les octrois dont le dernier ne sera supprimé qu’en 1848 et qu’on réalise la grande route d’Espagne à Coni en Italie en passant par Montpellier, Digne et Barcelonnette. Ce vœu, transmis par le préfet, ne sera exaucé que bien plus tard.
 
Le 28 Mai 1800, Nicolas Ripert peut enfin s’occuper de son installation matérielle par un arrêté dont il rend compte au préfet : "le placement des bureaux du sous-préfet et du tribunal exigeait un local spacieux et tranquille. Il existait une maison dans cette commune appelée ‘LA PREFECTURE’ où les tribunaux de la vallée étaient placés avant la Révolution. J’ai transporté la municipalité de Barcelonnette qui s’y trouvait dans un édifice national appelé la Cure".
 
Pour organiser ses rapports de travail avec les municipalités, il écrit à tous les maires de son arrondissement pour leur enjoindre de se rendre à la sous-préfecture 3 fois par décade pour y prendre les paquets et ordres qu’il aurait à transmettre.
 
Pendant ces premiers jours, il avait aussi à s’occuper d’une contribution volontaire à propos de laquelle il écrit au préfet : "j’ai essayé de leur faire sentir la nécessité de porter cette contribution au niveau de perfection que le besoin de l’Etat semble exiger".
 
Mais sans doute ses administrés ne désiraient-ils pas atteindre ce même niveau de perfection puisqu’il écrit quelques jours plus tard : "il est incroyable combien il faut répéter la même demande pour obtenir un résultat à jour fixé !".
 
Notons l’autorité parfois cassante quand le sous-préfet Ripert s’adresse aux maires ou à certains fonctionnaires, signe d’un grand sens de la hiérarchie… mais le préfet n’enbénéficie pas qui reçoit venant de Barcelonnette des courriers d’une étonnante liberté de ton et d’expression.
 
Ainsi le préfet ordonne par circulaire la récupération des fusils détenus par des particuliers : le sous-préfet qui juge sans doute la mesure mal venue en Ubaye laisse la circulaire dans un tiroir et se contente d’en avertir son préfet en lui écrivant simplement : je n’ai pas cru devoir donner connaissance aux municipalités de votre circulaire.
 
Le 17 Juin, il reçoit à nouveau des instructions qu’il juge peu applicables dans son arrondissement et commence son courrier par "vous n’avez sans doute pas connu d’administration de pays frontalier" et le termine en disant "avoir qualité pour dire la vérité à ceux qui savent l’entendre".
 
Il ne s’en prive pas quand il s’agit de la réforme des poids et mesures décrétées en 1801.
 
S’il approuve d’abord cette réforme dans son principe, souhaitant que la population l’adopte, il trouve fort à redire dans son application et en arrive en quelque sorte à justifier les résistances des Ubayens.
 
En Août 1802, Nicolas Ripert rend compte de cette affaire au préfet : les caisses contenant les étalons et les poids sont encore dans ses bureaux ; leur prix n’a pas encore été acquitté par les communes.
 
Il relance les percepteurs pour qu’il le soit tout en considérant que ce prix est trop élevé. D’ailleurs, le matériel ne vaut rien. Les mesures pour le grain sont de si mauvaise qualité qu’un jour de marché suffirait sans doute à les mettre hors d’usage et si les poids sont beaux… on a oublié de livrer en même temps les balances.
 
Fabriquer ces mesures à Barcelonnette serait moins cher pour un meilleur travail. Voici la conclusion de cette mercuriale : on éprouvera sans doute ici comme ailleurs une résistance dont on ne pourra seulement accuser l’habitude.
 
Cette résistance existe encore en 1807 quand le sous-préfet DE BAILLY constate que les négociants au détail ne sortent les poids qu’à l’arrivée du vérificateur et les rentrent après son passage !
 
On voit que dans cet arrondissement l’administration préfectorale n’avait à l’évidence pas encore trouvé son style ou du moins, que Nicolas Ripert n’en avait pas pris conscience.
 
Mais il avait le sentiment de représenter l’Etat et le désir de faire accepter l’intérêt général sans négliger l’intérêt propre de son arrondissement qui était aussi son pays natal.
 
Il s’y impliqua beaucoup, trop peut-être !
 
Des erreurs administratives, un différend avec le maire de Barcelonnette, quelques problèmes financiers et le changement de régime après la chute de Napoléon amenèrent sa perte.
 
Il fut destitué en 1816 et ne retrouva un poste de sous-préfet qu’en 1820 à Sisteron.

Le logement du sous-préfet et les bureaux
 
Avant de faire la connaissance d’autres sous-préfets et d’autres dossiers, voyons où étaient installées les sous-préfectures de Barcelonnette.
 
Nicolas Ripert, dans le bâtiment de l’ancienne "préfecture", à côté du tribunal, disposait d’un jardin en bordure de l’actuelle place Manuel.
 
Ces bâtiments ont dû disparaître autour de 1823 quand on reconstruisit le palais de justice.
On trouve ensuite la sous-préfecture place du Gravier, dans une maison en location ; est-ce pour cet immeuble qu’est signé en 1890 un bail pour 1.500 francs par an avec promesse de
fournir 2 robinets d’eau de ville ?
 
En 1926, le sous-préfet occupe une maison à l’entrée de la ville près du monument aux morts actuel. Le loyer de cet immeuble qui jouit d’une salle de bains "aménagée dans une cuisine" est de 3.400 francs par an.
 
En 1948, le sous-préfet CUIN trouve "l’hôtel de la sous-préfecture" fort délabré, sans chauffage confortable, sans garage, avec 2 seuls bureaux.
 
Ce n’est qu’en 1954 que commence la construction d’une sous-préfecture sur un terrain acheté à l’ONF.
 
En 1979, le personnel s’étant accru, on a besoin de plus de place et l’achat est fait de la villa mexicaine de la famille Proal, maison de 3 étages, allée des Dames.
 
Les bureaux y sont installés au rez-de-chaussée. Le sous-préfet de Barcelonnette aura été le dernier à être installé dans ses murs, 50 ans après son collègue de Castellane !

La ville de Barcelonnette

Les sous-préfets dont les logements n’étaient pas, jusqu’à une période récente, aussi agréables qu’ils pouvaient l’espérer, ne s’installaient pas dans une petite bourgade sans attraits culturels.
 
On a vu que l’arrondissement jouissait d’un bon niveau d’alphabétisation.
 
On y comprenait et on y parlait le français, ce dont s’émerveillait le vicomte de Bargemont en voyage dans l’Ubaye au début du XIXème siècle.
 
On pourrait avancer que cette particularité était due à l’engouement de la maison de Savoie qui avait décidé, au XVIème siècle que les actes officiels devraient être rédigés en français.
 
Toujours est-il que les écoles primaires fonctionnaient depuis fort longtemps dans les villages et même souvent dans les hameaux.
 
Le sous-préfet DURAND, venant de Bretagne, s’étonnait de n’avoir trouvé aucun illettré au tirage au sort du contingent en 1883, le pourcentage de conscrits illettrés pouvant atteindre 50% dans d’autres régions.
 
Il y avait en 1891 dans l’arrondissement, 2.777 élèves répartis en 20 écoles de garçons, 19 écoles de filles, 69 écoles mixtes à quoi il faut ajouter 215 élèves qui fréquentaient des établissements libres et aussi 2 classes maternelles à Barcelonnette.
 
La loi du 4 Messidor an XI (24 Juin 1802), prévoyait la création d’un établissement secondaire public par arrondissement. Or à Barcelonnette, un collège avait prospéré depuis le XVIIIème siècle, collège qui était tombé en désuétude quelques années avant la Révolution.
 
Le sous-préfet Ripert et le conseil d’arrondissement demandèrent aussitôt l’application de cette loi et le 28 Pluviôse an XII le conseil d’administration de l’école secondaire de Barcelonnette tint sa première séance sur la convocation du sous-préfet.
 
Ce collège connaîtra bien des vicissitudes mais la municipalité de Barcelonnette et les parents de la Vallée feront de gros efforts financiers pour lui permettre de vivre notamment quand l’empereur, pour financer les universités qu’il créait, imposa un impôt aux écoles existantes.
 
Au milieu du XIXe siècle, le collège comptait plus de 100 élèves dont 58 latinistes et les sous-préfets successifs ne manquaient pas de rendre visite à cet établissement sur lequel ils recevaient d’ailleurs un rapport annuel.
 
Ils visitaient aussi l’école normale d’instituteurs du département créée en 1832 et dont la commission de surveillance se réunit le 23 Janvier 1833 sous la présidence du sous-préfet.
 
Cette école fonctionna plus de 50 ans dans l’arrondissement puis fut transférée à Digne.
 
De nos jours, Barcelonnette possède un collège et un lycée avec section sports-études, un musée, une association à vocation historique, un cinéma avec 2 salles et récemment, une salle de spectacles.

L’activité militaire
 
Outre les travaux inhérents à l’administration préfectorale, partout en France les sous-préfets de l’arrondissement eurent à traiter des dossiers spécifiques dus à la situation géographique de pays montagnard et pays frontalier.
 
Le sous-préfet Ripert avait bien souligné cette situation frontalière; on le voit s’inquiéter du retour clandestin des émigrés, des raids possibles des "brigands" et de leurs troupes comme ce CATTON passé de Nice en Italie puis rentré en Ubaye où finira son équipée.
 
Ses successeurs parlaient dans un rapport de "déserteurs, de contrebandiers et de trafic de bétail". De nos jours, c’est l’immigration clandestine qui est surveillée à Larche par la P.A.F. (police aux frontières).
L’activité militaire due à sa situation stratégique a représenté un élément important de la vie de l’arrondissement.
 
La présence militaire y fut d’abord assez réduite et ponctuelle surtout constituée de troupes venues d’autres régions de France.
 
Puis le 28ème B.C.A. (Bataillon de Chasseurs Alpins) s’installa dans une ancienne filature de soie à Jausiers; le 157ème B.C.A. lui succèdera dans le même bâtiment avant de trouver une garnison permanente à Barcelonnette.
 
En 1913, c’est un bataillon de chasseurs alpins qui le remplacera.
 
Ces garnisons réclamées depuis longtemps étaient vues d’un œil favorable par la population et par les communes; elles étaient bénéfiques pour le commerce et fournissaient par le droit de casernement des recettes fiscales.
 
La dissolution du IIème B.C.A en 1991 a donc suscité un très vif émoi; la création d’un centre d’entraînement aux combats en montagne, à effectif plus réduit ne compensant pas les effets négatifs de la disparition de la garnison.
 
Le sous-préfet FABRE présida alors un comité de pilotage pour la création d’entreprises subventionnées après examen de leurs projets; mais peu d’entre elles ont pu subsister.
 
Cette position stratégique connue depuis fort longtemps avec le camp de Tournoux, les redoutes de Berwick et le fort de Saint-Vincent avant la Révolution, sera renforcée entre 1845 et 1890 de forts, batteries et casemates.
 
Le premier ouvrage entrepris, le plus important est le Fort de Tournoux qui nécessitera 12 ans de travaux et emploiera jusqu’à 1.500 ouvriers, truffant le rocher de galeries, escaliers et emplacements de tirs.
 
C’est un témoignage remarquable de l’architecture militaire de l’époque.
 
Les fortins résistèrent en Juin 1940 aux troupes italiennes.
 
Tous ces travaux ont été la source de rapports et dossiers en relation avec les autorités militaires et les communes pour les achats de terrains nécessaires et pour leur expropriation, souvent.
 
Si l’arrondissement de Barcelonnette ne fut pas terrain de combat en 1914 c’est que l’Italie, d’abord dans la triple alliance, était devenue ensuite une alliée de la France.
 
Mais la seconde guerre mondiale sera pour l’Ubaye une période difficile avec évacuations, occupations et combats.
 
En Juin 1940, une partie de la population fut évacuée vers Turriers puis la Lozère, à la suite de la déclaration de guerre de l’Italie. Les troupeaux trouvèrent refuge du côté d’Allos. Bêtes et gens revinrent après l’armistice.
 
Une 2ème évacuation eut lieu, qui dispersa la population de la Haute-Ubaye dans le reste de l’arrondissement, d’Octobre 1944 à Mai 1945.
 
Conformément à la convention d’armistice, les Italiens n’occupèrent qu’une très modeste frange de territoire au fond du Vallon de Maurin et à Larche puisque l’invasion avait été stoppée là.
 
A partir de Novembre 1942, cette occupation s’étendit mais confiée à des troupes alpines dont beaucoup de soldats étaient liés aux habitants de l’arrondissement par des liens d’amitié ou de parenté, elle fut assez légère et remplacée en Septembre 1943 par des détachements allemands qui deviendront virulents pendant les combats en 1944-45.
 
C’est en effet à ce moment que l’arrondissement connut plus directement la guerre et que la sous-préfecture y fut mêlée.
 
La résistance s’était organisée dès 1942, en accord plus tard avec les résistants italiens de l’autre versant alpin.
 
Le 6 juin, le maquis passe à l’attaque pour fermer tous les passages et verrous, sur ordre supérieur.
 
Mais cette campagne commencée trop tôt avec des hommes peu armés et souvent sans expérience, prendra fin 8 jours plus tard, après de rudes combats et malgré un parachutage d’armes sur un terrain de Barcelonnette, et en dépit de l’action du sous-préfet CUIN, parti de nuit jusqu’au Tunnel du Parpaillon au-dessus de La Condamine pour demander qu’on attaque du côté d’Embrun les arrières de l’ennemi. A la suite de cet échec, les allemands fusillèrent plusieurs résistants et firent régner la terreur à Barcelonnette et dans les villages pendant quelques jours.
 
Comme on le voit, le sous-préfet CUIN qui avait pris son poste en Février 1944 était un résistant et on peut lui en rendre hommage. Son action se déploya sur plusieurs fronts.
 
Aux dénonciations arrivées sur son bureau il opposa une résistance passive en les ignorant et en protégeant ainsi des familles qui avaient trouvé refuge dans les villages. Il mena aussi une résistance active assurant plusieurs missions de liaison.
 
En Août 1944, les combats avaient repris en Ubaye; il s’agissait de protéger le flan droit des troupes débarquées dans le Midi en tenant les cols alpins et d’attaquer la garnison allemande de Larche qui pouvait être rejointe par d’autres forces allemandes remontant la Stura.
 
La route de Larche ayant été coupée par des résistants, les allemands décidèrent qu’elle devait être réparée par les habitants de Meyronnes.
  
Un "conseil de guerre" se tint alors à la sous-préfecture pour trouver le moyen d’empêcher la réparation de la route sans mettre en danger les civils chargés du travail.
 
On décida de simuler une attaque des ouvriers chargés de la réparation par le Maquis… le lendemain, le sous-préfet est convoqué par les allemands ; il se rend à La Condamine et de là téléphone à Larche, faisant croire que l’autorité civile n’a plus le contrôle du pays.
 
L’organigramme de l’organisation civile de la Résistance mentionne le sous-préfet CUIN comme responsable des 4ème et 5ème bureaux : état civil, hôpital, services sociaux, prévauté et sécurité publique.
 
Il prendra part aux derniers combats d’Avril 1945.
 
En effet, si Digne a été libérée en Août 44, l’arrondissement de Barcelonnette connut des combats jusqu’en Mai 45 du moins dans sa Haute-Vallée. La ville de Barcelonnette recevra plus tard la Croix de Guerre avec étoile d’argent.
 
En poste jusqu’en 1952, le sous-préfet CUIN gèrera encore nombre de dossiers issus de la guerre, le déminage, l’accueil des réfugiés dont beaucoup retrouvent leur maison détruite, la reconstruction et le traitement des dommages de guerre.
 
Les services départementaux sont eux aussi très sollicités et le sous-préfet se plaint qu’ils prennent de plus en plus l’habitude de traiter directement avec les maires en ignorant systématiquement la sous-préfecture et ajoute-t-il "lorsqu’une difficulté survient, les maires intéressés s’adressent régulièrement au sous-préfet qui bien souvent n’est au courant de rien".

L’économie
 
La situation stratégique de l’Ubaye a donc joué un grand rôle dans la vie économique de l’arrondissement.
 
Tout aussi déterminante a été sa situation de pays de montagne. Les terrains escarpés n’ont pas facilité les communications.

Les crues violentes au printemps, les avalanches l’hiver et les éboulements ont mobilisé et mobilisent encore les sous-préfets et les services techniques.
 
Notons en particulier les "grandes crues du siècle" en 1856 et 1957 qui emportèrent de bonnes terres et concoururent comme les guerres à la désertification du pays.
 
L’agriculture
 
On comprend alors que l’agriculture n’ait pas connu un grand développement dans l’arrondissement au cours de ces 2 siècles et les sous-préfets n’ont guère pu suivre les préfets dans leurs efforts pour promouvoir les nouvelles cultures.
 
L’élevage
 
L’Ubaye a été pendant longtemps une terre d’élevage, des ovins surtout.
 
A ceux du pays, venaient et viennent encore s’ajouter les transhumants.
 
C’est d’un élevage un peu particulier que s’occupèrent les comices agricoles et le sous-préfet MONTAUBIN, président de la manifestation en 1854.
 
Cette année là, on accueillit à Barcelonnette 2 yacks offerts par le ministre FORTOUL, originaire du département.
 
Les yacks et leurs métis furent ensuite placés chez des particuliers; on jugea vite cet élevage décevant et coûteux.
 
A Barcelonnette on réussit à confier les bêtes à la Société Centrale d’Agriculture des Basses-Alpes. Finalement il semble que le préfet ait expédié les bêtes à Turin en 1871!
 
Mais il faut signaler que le sous-préfet DARD a été certainement le seul sous-préfet de France à se trouver l’heureux propriétaire d’un yack qui ne pouvait que donner un petit air
exotique au jardin de la sous-préfecture !
 
Les comices agricoles connurent ensuite un déclin dont le sous-préfet DURAND essaya de les tirer en fondant une fête de l’agriculture qui n’eut pas de suite.
 
La forêt
 
Victime de la surcharge pastorale et des intempéries, la forêt ubayenne se portait mal.
 
Les communautés avaient essayé de réglementer l’usage du bois et des coupes par leurs capitulations, lois édictées par les conseils.
 
Les règles en étaient strictes mais insuffisantes malgré tout pour pallier la déforestation.
 
Pourtant la loi de 1827 sur la forêt soumise, fut mal acceptée par la population et les maires et le sous-préfet DE BAILLY en poste à cette date, dut gérer le conflit en désignant un expert et en expliquant que "l’esprit de la loi était de ne pas soustraire à l’autorité de l’Etat des forêts susceptibles d’une exploitation rationnelle et régulière que les communes ne peuvent assurer".

Le service des Eaux & Forêts accomplit un énorme travail dans la seconde moitié du XIXe siècle en constituant des barrages successifs sur le terrible Riou Bourdoux dont les crues avaient transformé le vaste cône de déjection autrefois cultivé, en un terrain désolé.
 
Ces crues étaient d’autant plus dévastatrices que la forêt avait complètement disparu des flancs de la montagne : on cite celles de 1836, 1839, 1842, 1845…
 
Grâce à des travaux répétés et au reboisement, les Eaux & Forêts ont réussi à assagir dans la vallée ce torrent et d’autres qui, pour être moins célèbres, n’en étaient pas moins dangereux.
 
Comme les lois sur la forêt jadis, la création du Parc National du Mercantour plus récemment, suscita l’hostilité de la population en raison des contraintes qu’elle impliquait. La commune d’Allos se trouvant englobée dans le périmètre du Parc, le sous-préfet de Barcelonnette a siégé au conseil d’administration.
 
L’industrie
 
Depuis fort longtemps, les habitants de l’Ubaye utilisaient la LAINE de leurs troupeaux et le chanvre qu’ils faisaient pousser pour tisser pendant le long hivernage des draps solides mais assez grossiers et des toiles pour tous les usages domestiques.
 
Ils tissaient à la fin du XVIème siècle plus de draps qu’il ne leur en fallait pour leur besoin propre et faisaient donc commerce d’environ 4.000 pièces.
 
A cette époque, ils commencèrent aussi à filer des cocons de soie et un peu plus tard, s’intéressèrent aux blocs de marbre qu’on trouvait au fond du Vallon de Maurin.
 
Les rapports des sous-préfets nous éclairent sur l’évolution de ces diverses activités qui ont soulevé des espoirs de développement sans vraie réussite.
 
L’exploitation du MARBRE interrompue puis reprise au cours du XIXème s’est terminée en 1962.
 
Ce marbre était connu et apprécié hors du département, à Paris (escalier de l’Opéra) et à l’étranger.
 
Plus de 100 ouvriers au milieu du XIXème travaillèrent à son extraction : on le sciait en plaques dont l’une a dû orner une cheminée de la préfecture de Digne.
 
Mais avec un prix d’extraction de 120F le m3 et un prix de transport de 300F ce même m3, il était improbable que cette industrie puisse se maintenir. Les dernières années, on ne fit qu’acheminer les blocs pour les réduire et les utiliser une fois concassés.
 
La laine n’a jamais été traitée dans de grands ateliers.
 
Le sous-préfet RIPERT note une fabrication de 3.613 pièces en 1816 en plus du tissage destiné aux particuliers. En 1817, le sous-préfet d’Orcières se félicite de la création d’un atelier pour donner du travail à 150 indigents en fabriquant du drap "équivalent à celui de Carcassonne".
 
Au contraire il existait au XVIIIème siècle, 2 filatures "pour dévider et mouliner la soie en Ubaye".
 
On y travaillait des cocons venus du Piémont pour les tisseurs de Lyon. Le sous-préfet RIPERT, dans un rapport du 13 avril 1801 explique que les 2 "moulins à soye" donnaient au tors un apprêt particulièrement apprécié des négociants lyonnais mais que ces 2 fabriques ont cessé leur activité par faute de moyens des propriétaires.
 
Il ajoutait que l’une au moins pourrait être remise en marche avec "le moindre encouragement".
 
En 1834, sur autorisation du préfet, des métiers sont installés à Barcelonnette et aux alentours par 2 frères ARNAUD, fabricants de soie à Lyon. Le sous-préfet LABOULAYE en dénombre 75 en 1834 qui occupent une centaine de personnes. Il ne s’agit plus de filature mais de tissage.
 
Le sous-préfet reconnaît que les ouvriers n’étant pas encore très expérimentés, ne font que des étoffes de moyenne qualité et des étoffes à parapluie; mais il fonde de grands espoirs sur cette industrie, prévoyant son extension.
 
Quelques années après, cette entreprise qui ne compte que des travailleurs à domicile a, comme principal débouché de ses étoffes de soie, l’Amérique du Nord. En 1863, le sous-préfet parle encore de 75 à 80 métiers disséminés dans la Vallée.
 
Une autre entreprise s’était en même temps installée à Jausiers : le sous-préfet COTTE parle de 100 métiers dans cette manufacture qu’il qualifie de "manufacture de 1er ordre" et qui a reçu des commandes "de l’Amérique et des premières maisons de France".
 
Cependant il est signalé dans ces rapports que la main d’œuvre n’est pas très expérimentée, qu’elle abandonne à la belle saison le métier pour les champs et surtout que les transports, tant par leur longueur que par leur difficulté, obèrent les prix de revient.
 
En 1879, le sous-préfet DEVOISINS écrit que "l’industrie est absolument nulle dans l’arrondissement. La difficulté des communications gênant à la fois l’importation des matières premières et l’exportation des produits a empêché jusqu’ici tout développement de l’industrie".
 
Il ajoutait que les bras étaient rares et "les idées des habitants tournées vers le commerce et l’immigration".

La polulation
 

La population en effet, n’a cessé de décroître. Soumise à des conditions de vie difficile, elle avait trouvé dans le colportage des ressources complémentaires.
 
Après la réussite des premiers ubayens partis pour le Mexique, elle fut de plus en plus attirée par ce pays.
 
Au début du XXème siècle, on y comptait environ 4.000 "Barcelonnettes", plus de 25% de la population de l’arrondissement, surtout originaires de Barcelonnette même et de la Haute-Ubaye.
 
En même temps que cette émigration, le pays a connu une immigration des piémontais venus remplacer les bras manquants.
 
Notons qu’un certain mouvement d’accroissement semble s’amorcer aujourd’hui avec l’arrivée de nouvelles activités économiques dues au tourisme.

Les communications
 
On a vu que l’industrie n’avait pas réussi de percée en Ubaye non seulement faute de bras mais aussi faute de voies de communication.
 
Au milieu du XIXème siècle, on ne comptait que des chemins muletiers mis à part quelques kilomètres de routes carrossables, en amont et en aval du chef-lieu.
 
Sur de pareils chemins, les torrents en crue, les avalanches nécessitaient des réparations immédiates si l’on voulait maintenir le ravitaillement du pays.
 
C’était le souci constant de Nicolas Ripert, le premier sous-préfet.
 
D’ailleurs, les sous-préfets successifs ont tous eu à constater des dégâts dus aux intempéries, même de nos jours, sur des routes modernes et avec des services techniques immédiatement mobilisés.
 
Les calamités naturelles n’étaient pas les seules responsables de ce piteux état des routes. Durant le Ier Empire, aucune voie de communication ne fut déclarée "impériale" en Ubaye et donc aucune n’était à la charge de l’Etat.
 
Ni le département ni l’arrondissement n’étant riches, il y eut là un manque de ressources. Le Conseil d’Arrondissement et le sous-préfet dès la première séance du 5 Avril 1801, demandent que la grande route venant d’Espagne par Montpellier et Digne rejoigne l’Italie en passant par la Vallée de l’Ubaye et le Col de Larche.
 
Ces vœux seront repris par le préfet… mais le classement est toujours demandé en 1834 pour l’Ubaye.
 
Ce fut alors l’armée qui s’opposa à ce projet considérant qu’une route royale comme l’explique le préfet THIESSE en 1839, "ouvrirait un passage facile à une armée d’invasion".
L’opposition fut levée quand fut entreprise la construction du Fort de Tournoux. La liaison Digne/Barcelonnette de cette route, réalisée en 1848 ne fut classée qu’en 1854.
 
La portion italienne, du Col de Larche à Coni que l’état Sarde s’était engagé à construire en 1856 ne sera carrossable que 30 ans après, la portion française des Gleisoles à Larche étant carrossable en 1870.
 
Dans une lettre du 29 Août 1810 adressée au Préfet DE VERMON des Hautes-Alpes, Nicolas RIPERT donne des renseignements intéressants sur la façon dont étaient résolus les problèmes d'entretien des routes dans l’arrondissement.
 
Il s’était fait, à cette époque le maître d’œuvre des travaux routiers.
 
Il avait proposé un "plan de bataille" au préfet qui l’avait accepté puis il mettait en chantier des travaux partout où il le jugeait utile avec des fonds "pris sur les contribuables" et dont il justifiait de l’emploi chaque année.
 
C’est pour un chantier sur la route menant à Gap qu’il sollicite l’aide du préfet des Hautes-Alpes dont il espère obtenir des pieux pour renforcer un pont.
 
Il les obtiendra mais il lui était difficile de refuser après cette conclusion de notre énergique sous-préfet : "si vous refusez malgré mes soins les 2 départements resteront séparés par un précipice affreux et par un ravin qui chaque année coûte la vie à quelque individu".
 
Du côté du Col de Vars, l’obstacle principal était le Pas de la Reyssole.
 
Le sous-préfet conseille en 1845 au maire de faire un emprunt de 20.000F et de demander une subvention du Conseil Général pour améliorer ce passage dans une gorge étroite.
 
La route sera praticable aux charrettes en 1849.
 
A la fin du XIXème siècle, le département possède des routes nationales sans doute à élargir mais tout à fait praticables.
 
Quant au Pas de la Reyssole, plusieurs fois rectifié, il est toujours menacé par un glissement de schistes mais le déclassement de la route devenue départementale rend difficile la mise en œuvre de gros travaux pourtant absolument nécessaires pour la sécurité.

Serre-Ponçon
 
Le barrage de Serre-Ponçon, la retenue d’eau la plus importante d’Europe, a transformé le paysage au nord du département.
 
Cet ouvrage hydroélectrique très bénéfique pour le Val de Durance l’est aussi pour l’arrondissement.
 
Sur les bords de la retenue s’est développé un tourisme (plage, camping) qui procure des revenus aux communes "s’ajoutant aux taxes versées par E.D.F." et des soucis de sécurité aux sous-préfets.
 
Une autre conséquence heureuse pour l’arrondissement a été l’amélioration de l’électrification.
 
En effet, dans les années 1980, E.D.F. a lancé un programme de lignes à haute tension pour renforcer les capacités du réseau.
 
Le revers de la médaille était l’implantation de grands pylônes dans des sites remarquables notamment au Lavercq et du côté d’Allos.
 
Après des repérages par hélicoptère avec le responsable de l’O.N.F., le sous-préfet a pu obtenir un infléchissement des choix initiaux.
 
Mais il faut se souvenir de la commune d’Ubaye (8.000 habitants) qui a été recouverte par les eaux de Serre-Ponçon.
 
Les anciens habitants sont revenus sur les bords de la retenue en 1982 puis en 1992 pour se souvenir… le film "L’Eau Vive" tourné sur un scénario de Giono, reste un témoignage de ce passé.

Le tourisme
 
Si l’industrie n’a pas réussi à s’implanter dans l’arrondissement, le tourisme a pris une place essentielle dans l’économie de la Vallée.
 
C’est ce qu’avait bien senti dès la fin du XIXème siècle, le notaire Arnaud, historien amoureux de son pays natal disant en 1899 que "si les enfants de la Vallée le veulent sérieusement, ils peuvent espérer que bientôt une large part du tourisme français lui sera acquis…".
 
A la fin du XXème siècle, existent en Ubaye l’alpinisme – le congrès du Club Alpin Français se tient à Barcelonnette en 1898 -, le ski, adopté rapidement par l’armée, les circuits touristiques – grâce au développement enfin acquis des voies de communication et l’arrivée de l’automobile.
 
Ces circuits automobiles organisés par la Société P.L.M. de Nice à Evian avec arrivée de la première étape à Barcelonnette, connaissaient un grand succès.
 
Il en avait été prévu une inauguration officielle par le Président de la République, POINCARE… en 1914.
 
Seule reste de cette visite annulée pour cause de guerre une vasque de marbre de Maurin qui devait lui être offerte.
 
Des habitants aisés du Midi avaient aussi commencé à passer les mois d’été dans la Vallée en suivant sans doute les Ubayens enrichis au Mexique qui, installés sur la Côte l’hiver, venaient l’été ouvrir leur belle villa dans l’arrondissement.
 
La première guerre mondiale vint interrompre le développement du tourisme qui reprit tout de suite après la guerre et connut un bel essor à nouveau interrompu par la crise économique des années 30.
 
Deux sous-préfets, messieurs DAT et OTTAVIANI marquèrent alors l’intérêt qu’ils portaient au tourisme d’hiver comme à celui d’été en soutenant des projets locaux.
 
La seconde guerre mondiale marqua un nouveau temps d’arrêt dans cette activité dont la nécessité fut soulignée en 1948 par le préfet TOMASI avec un plan pour l’exploitation du "capital neige" de l’arrondissement de Barcelonnette.
 
A partir de cette date, le développement de la station du Sauze où avait été construit en 1934 le premier "monte-pente" reprend avec vigueur sous l’impulsion de son créateur Honoré COUTTOLENC.
 
L’Etat mit en place progressivement une politique de la montagne et de son tourisme.
Des stations nouvelles se créèrent : Sainte Anne puis Pra-Loup reliée à La Foux d’Allos.
 
Les sous-préfets successifs s’impliquèrent directement dans le développement de ces stations.
 
Mais pour en éviter une prolifération anarchique dans des conditions défavorables ou peu rentables, l’état avait créé une procédure dite U.T.N. (Unités Touristiques Nouvelles) dont la D.A.T.A.R. et le S.E.A.T.M. (Service d’Etudes et d’Aménagement de la Montagne) étaient chargés.
 
Aussi dans les années 80, les visites sur les sites, les études de projets, les réunions en sous-préfecture avec les représentants des communes et des services de l’Etat puis les rapports au préfet, mobilisèrent les sous-préfets.
 
De plus, jusqu’en Mai 82, le sous-préfet de Barcelonnette était commissaire du gouvernement auprès des S.E.M. (Société d’Economie Mixte) gestionnaires des stations.
 
Les pouvoirs publics ayant favorisé le montage des contrats "station vallée", le sous-préfet de Barcelonnette en 1983 prit l’initiative de proposer à 4 communes de la Haute Ubaye la création d’un district qui permettrait la signature d’un tel contrat.
 
Cette double opération qui avait reçu l’aval du préfet GUYON a été pilotée par la sous-préfecture de Barcelonnette et a permis, avec le concours financier de l’état, le rachat et la modernisation de la petite station de Sainte-Anne devenue obsolète.
 
Une difficulté surgit à ce propos : il fallait pour l’implantation des pylônes comme pour le survol des propriétés, une autorisation des propriétaires des parcelles concernées.
Or avec les années, au cours des partages successifs, ils étaient 83 disséminés dans toute la France.
 
La création d’une association foncière pastorale pilotée par la sous-préfecture et la D.A.T.A.R., permit d’obtenir une autorisation globale de survol pour équiper la station de Sainte-Anne.
 
La création de cette association foncière pastorale, comme d’ailleurs la signature du contrat "station vallée", étaient des premières dans le département.
 
Il existe une belle définition de l’administration donnée par un homme qui n’en faisait pas partie : "l’administration est faite pour rendre les choses plus commodes et les gens plus heureux ". Elle est signée de Bossuet.
 
Il serait peut-être trop optimiste de penser que tous les sous-préfets durant ces 2 siècles écoulés y ont souscrit. Puissent du moins, tous les futurs sous-préfets s’en inspirer.

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